Top 6 des scandales journalistiques

La parution d'une information, à la télévison ou dans les journaux, valide implicitement sa véracité. On a donc tendance à croire tout ce que raconte la presse, mais on ne devrait pas. La preuve avec ce Top 6 des scandales journalistiques.

C'est triste à dire mais c'est comme ça. Il y a des journalistes honnêtes, qui vérifient scrupuleusement tous les éléments et pour lesquels la déontologie est un paramètre capital. Il y en a d'autres qui s'en contrefoutent : ils n'ont aucun scrupule à recourir a de petits/moyens/gros arrangements pour tenir un scoop et gagner de l'audience. Les gouvernements, c'est exactement pareil. Ils peuvent nous amener à croire ce qu'ils veulent et nous, on tombe dans le panneau. Jusqu'au jour où l'on découvre le poteau rose. Pardon, le pot aux roses. Voici le Top 6 des scandales journalistiques.

1 - Les Irlandais de Vincennes - 1982

Le Capitaine Paul Barril, à droite. Photo GIGN Historique.

Le contexte :

Le 9 août 1982, l'attentat de la rue des Rosiers tue 6 personnes et en blesse 22. Il n'est pas revendiqué mais on pense à l'OLP. C'est la 7ème attaque du genre en France depuis le début de l'été. Mitterrand décide de créer une cellule anti-terroriste qui ne répondra qu'à lui et met à sa tête Christian Prouteau, le Commandant du GIGN. Quinze jours plus tard, un communiqué de l'Élysée annonce l'interpellation des auteurs de l'attentat du 9 août : ce sont des nationalistes Irlandais. Bravo, la cellule anti-terroriste.

Les faits :

Pendant que Prouteau est en vacances, le Capitaine Paul Barril dirige la cellule anti-terroriste. Sur les infos d'un indic fiable, Barril et ses hommes déboulent chez Michael Plunkett, un Irlandais qui habite rue Diderot à Vincennes. Il serait l'un des auteurs de l'attaque du 9 août. Plunkett, sa petite copine et un ami sont arrêtés et incarcérés. Félicitations, la cellule anti-terroriste.

La vérité :

La parisien Bernard Jégat adhère gentiment à la cause irlandaise : il planque régulièrement chez lui des armes ou des membres de l'Irish National Liberation Army. Juste après l'attentat du 9 août, des portraits-robots sont diffusés et Jégat pense reconnaître Plunkett. Là, il n'est plus du tout sympathisant de ses potes irlandais. Il va en parler au directeur du Nouvel Obs qui va en parler à Jean-Louis Bianco (secrétaire général de l'Élysée).

De fil en aiguille, l'histoire arrive aux oreilles de Barril à qui Jegat finit par refiler l'arsenal irlandais et l'adresse de Plunkett. Sauf que, quand Barril arrive à Vincennes, il n'y a pas d'armes, ni rien qui puisse accuser les trois Irlandais habitant l'appartement. Et ça la fout mal parce qu'il a déjà été anoncé partout que les auteurs du carnage des Rosiers ont été identifiés et arrêtés. Pour réparer sa bourde, Barril décide de cacher dans l'appartement les armes et explosifs remis par Jégat.

Mais au cours du procès, les versions contradictoires de la perquisition de Vincennes éveillent des soupçons et il devient rapidemement évident que tout cela n'est qu'une mise en scène. Les trois Irlandais seront libérés après 9 mois de prison avec un non-lieu. Tous les autres protagonistes s'en tireront avec quelques mois de sursis et Barril ne sera pas même pas poursuivi. Chapeau, la cellule anti-terroriste.

2 - La disparition de Pauline Lafont - 1988

Pauline et Bernadette Lafont. Photo Destination Ciné.

Le contexte :

La ravissante Pauline Lafont, fille cadette de la comédienne Bernadette Lafont, était l'une des actrices prometteuses des années 80. Elle obtient son vrai premier rôle pour L'été en pente douce, réalisé par Gérard Krawczyk en 1987. Sa famille possède un domaine dans les Cévennes et elle y passe quelques temps avec sa mère et son frère, en août 1988.

Pauline part se balader le matin du 11 août mais n'est toujours pas rentrée en fin d'après-midi. Sa mère alerte les autorités. S'en suivront 48 heures de recherches intensives avec hélicoptère, gendarmes, pompiers, chiens... Sur la demande de François Mitterrand, les recherches reprendront quelques jours plus tard, sans succès. La région est escarpée, le domaine très isolé, Pauline peut être n'importe où.

Les faits :

Les médias racontent tout et n'importe quoi pendant plusieurs semaines. Elle est partie en cure amaigraissante, elle s'est suicidée, elle est partie en Chine, on l'a vue ici, elle a été reconnue là, elle entrée dans une secte... Mi-novembre, soit 3 mois après la disparition de l'actrice, l'espoir renaît : Guillaume Durand, alors journaliste sur La Cinq, annonce une réjouissante nouvelle au cours de son JT : il affirme "avoir des assurances selon lesquelles Pauline Lafont est vivante", un proche (resté anonyme) de l'actrice ayant affirmé que "Pauline désirait prendre du recul. Elle sortira de sa cachette dans quelques semaines".

La vérité :

Un corps en état de décomposition très avancée (bon app') est retrouvé au pied d'une falaise le 21 novembre 1988, à 4 km de la maison de Bernadette Lafont. L'autopsie confirme qu'il s'agit de Pauline, tuée sur le coup ce fameux 11 août, après une chute de 10 mètres de haut. Durand s'est publiquement excusé auprès de Bernadette Lafont, plusieurs fois. Mais bon. On imagine l'horreur vécue par cette femme.

3 - Les charniers de Timisoara - 1989

Daniel Bilalian présente le reportage sur Timisoara. Capture d'écran INA.

Le contexte :

Roumanie, le 17 décembre 1989. Une manifestation anti-communiste a lieu à Timisoara et Ceausescu ordonne à la Securitate de tirer à vue sur tous les participants. C'est la goutte qui fait déborder le vase et déclenche la révolution du peuple. La guerre civile atteint Bucarest très rapidement. La dictature s'écroule, Ceausescu et sa rombière son jugés en moins d'une heure puis fusillés dans la foulée, le 25 décembre 1989, joyeux Noël.

Les faits :

Difficilement tolérables, des images de charniers sont relayées par tous les médias de la planète (ces images sont ici, si vous y tenez). On parle de tortures, de mutilations, de dizaines de milliers de corps retrouvés en Roumanie, dont 12 000 à Timisoara, la ville martyre. La vision du cadavre d'un nourrisson posé sur celui de sa mère est particulièrement éprouvante. La raison la plus souvent invoquée pour expliquer ces charniers, hormis la cruauté incontestable de Ceausescu, était que ce taré souffrait de leucémie. Il faisait renouveler son sang tous les mois avec celui de jeunes gens qui, une fois exsangues, étaient balancés dans des fosses communes.

La vérité :

Oui, il y a eu des centaines de morts. Près de 700 pour toute la Roumanie, une grosse centaine pour Timisoara. Oh oui, Ceausescu n'a eu que ce qu'il méritait, et encore. Mais pas de charniers. Une vingtaine de cadavres ont été retirés d'un cimetière de la ville puis alignés comme pour dire "Voyez !?". Le bébé était une victime de la mort subite du nourrisson et la femme, qui n'était pas sa mère, était morte d'une cirrhose du foie quelques semaines plus tôt. Les médias se sont "contentés" de faire de la surenchère de chiffres parce que plus c'est monstrueux, plus ça fait de l'audience.

4 - Les couveuses du Koweit - 1990

Le témoignage de Nayirah au Congrès des Etats-Unis. Photo Les Crises.

Le contexte :

La guerre qui a opposé l'Iran à l'Irak pendant 8 ans est terminée depuis deux ans, laissant Hussein sur les genoux et fauché. Enfin son pays, pas lui. L'Irak n'exporte plus beaucoup de pétrole et cela profite à l'Arabie Saoudite et au Koweit, pays auprès desquels l'Irak est très endetté. Mauvais perdant et néanmoins gonflé, le dictateur estime qu'il serait tout naturel que sa dette soit non seulement effacée, mais qu'en plus il reçoive un petit chèque d'une valeur équivalente, sinon son armée se fera le plaisir d'aller canarder tout ça.

Pendant ce temps-là, le Koweit pompe l'or noir à tire-larigot sans se soucier des quotas et repousse les tentatives de forages de l'Irakien. Hussein finit par accuser le Koweit d'empiéter sur ses nappes d'hydrocarbure et tadaa, voilà comment l'Irak décide d'envahir le Koweit.

Les faits :

Petit problème : cette guerre du Golfe embarrasse bien des pays dépendants du pétrole produit au Moyen-Orient. La solution consiterait à dégommer cet autocrate d'Hussein une bonne fois pour toutes. Une coalition se met en place (34 états, tout de même) mais bon, la guerre ça coûte cher, on va envoyer nos soldats au massacre, est-ce que ça vaut vraiment le coup... C'est là, lors d'une commission du Congrès des Etats-Unis le 14 octobre 1990, qu'intervient une jeune koweitienne de 15 ans avec des déclarations bouleversantesOn la présente sous le nom de 'Nayirah' par peur des représailles : son pays est envahi et saccagé par les armées d'Hussein.

La jeune fille faisait partie d'une équipe de volontaires venus aider le personnel d'un hôpital. Elle raconte qu'un jour, elle a vu des soldats entrer de force dans le bâtiment, tirer sur des bébés prématurés installés en couveuses et en retirer d'autres des incubateurs pour les laisser mourir au sol. Elle décrit également des scènes de torture, elle est en larmes, l'audience aussi, et avec elles des millions de personnes dans le monde. L'opinion publique américaine fustige ces atrocités reprises dans tous les médias. Hussein devient l'homme à abattre et l'opération Tempête du Désert est lancée.

La vérité :

Bush Senior est alors aux commandes des Etats-Unis. Il veut éliminer Hussein mais l'opinion publique américaine estime que ce qui se passe au Moyen-Orient doit rester au Moyen-Orient, même si c'est dramatique. En gros : c'est leur problème, pas celui des occidentaux. Il fallait donc quelque chose de fort pour justifier l'intervention des forces militaires de la coalition. Bush fait appel à une célèbre agence de relations publiques, Hill & Knowlton, qui sera en charge du coup de pouce dont Bush a besoin pour retourner les sondages en sa faveur.

C'est l'angle humanitaire qui est choisi, et pousser le bouchon en parlant de bébés assassinés sera parfait pour en remettre une couche. L'agence dégote cette gamine, Nayirah, qui n'est autre que la fille de l'ambassadeur du Koweit à Washington. Les événements dont elle témoigne sont inventés de toutes pièces. Le texte est soigneusement rédigé et elle est coachée pour le prononcer jusqu'à ce qu'il n'y ait plus aucun doute sur sa sincérité. Le Congrès Américain n'était pas au courant de cette manipulation.

5 - L'interview de Fidel Castro par PPDA - 1991

Capture d'écran INA.

Le contexte :

Patrick Poivre d'Arvor, dit PPDA, est journaliste chez TF1 depuis de nombreuses années. Il présente le journal de 20 heures, il a tous les pouvoirs, c'est la star de la chaîne, le daron. Régis Faucon (la suite prouve que c'est un vrai) est le chef du service Étranger.

Les faits :

Le suffisant PPDA n'est pas peu fier de présenter, le 16 décembre 1991, une interview de Fidel Castro que lui et Régis Faucon sont allés réaliser Cuba. Trop la classe.

La vérité :

PPDA et Faucon sont bien allés à Cuba en espérant décrocher une interview, mais le dictateur cubain les a envoyés bouler. Pour ne pas passer pour des guignols, les journalistes (?) vont récupérer les images d'une conférence de presse de Castro, piquer des questions à des confrères puis les enregistrer face caméra comme si c'étaient les leurs. Un petit montage par là-dessus et ni vu ni connu j't'embrouille, en voilà une interview qu'elle est bonne. Le journaliste Pierre Carles (France 2) n'est pas dupe et commence à enquêter dès le lendemain de la diffusion de l'interview. Il explique très bien l'histoire dans son Magazine du Fô (ci-dessous).

6 - La mort de Martin Bouygues - 2015

Capture d'écran OZAP.

Le contexte :

Rien de particulier, sinon que Martin Bouygues est un homme d'affaires français connu, "fils de", PDG du groupe Bouygues et donc grand patron de TF1.

Les faits :

Samedi 28 février 2015 à 14h27, une dépêche urgente de l'AFP annonce la mort de Martin Bouygues. Il serait décédé le jour-même dans sa résidence de l'Orne. L'info est reprise absolument partout, réseaux sociaux inclus. Eh ben dis-donc, c'est triste, hein... Quoi ? Il est pas mort ? Comment ça il est pas mort ? Oups.

La vérité :

L'info est arrivée de façon inconnue au siège de l'AFP à Paris. À ce moment-là, ce n'est encore qu'une piste qui demande à être vérifiée. La rédaction contacte donc l'antenne de Rennes, qui couvre le département de l'Orne, département où est décédé l'homme d'affaires. Le maire d'une petite commune voisine de celle où réside le PDG est contacté, et il confirme le décès. Sauf que le maire parle de Monsieur Martin, pas de Martin Bouygues, mais tout va si vite que ni le journaliste ni son interlocuteur ne réalisent le malentendu.

L'information est bien sûr démentie rapidement et à 16 h, l'AFP a bien les boules quand elle doit publier qu'elle s'est plantée dans les grandes largeurs. En plus, Martin Bouygues n'a jamais eu de résidence dans l'Orne. Quelques jours plus tard, le directeur de la Région France et le rédacteur en chef France de l'AFP ont démissionné.

Ce top a été rédigé par Cécile L.

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